Tri EmpCo : que corriger en premier avant le 27 septembre 2026
Le 27 septembre 2026, la directive (UE) 2024/825 — dite EmpCo — s’applique dans les 27 États membres. À compter de la publication de cet article, cela fait un mois. Il n’y a pas de période transitoire, ni d’antériorité pour les textes rédigés avant le changement de règles.
Si vous lisez ceci à un mois de l’échéance, vous ne relirez sans doute pas chaque allégation environnementale de votre site. C’est le point de départ honnête, et il est tenable : les allégations de vos pages ne présentent pas le même danger, et l’écart est bien plus large que ce que l’on suppose. Nous avons analysé 680 sites européens au regard de la directive, et la régularité qui ressort de ces données est assez contre-intuitive pour changer l’ordre de vos priorités.
À partir du 27 septembre, une allégation environnementale générique est une pratique commerciale interdite, sauf à démontrer une performance environnementale reconnue comme excellente. La preuve doit figurer sur la même page que l’allégation — pas dans le rapport RSE, pas à deux clics, pas sur demande. Une allégation que le client ne peut pas vérifier là où il la lit est une allégation non étayée.
Fréquence et risque évoluent en sens inverse
Le réflexe est de commencer par les mots que l’on emploie le plus. Dans nos données, c’est exactement l’inverse qu’il faut faire. Sur 680 sites analysés, le terme signalé le plus fréquent est « vert » : il apparaît dans une allégation signalée sur 62,2 % d’entre eux. Mais parmi ces sites, seuls 34,3 % le portaient au niveau de gravité maximal. À l’inverse, « neutre en carbone » n’apparaît que sur 2,1 % des sites — et y est rouge dans 92,9 % des cas.
La raison est juridique, non stylistique. Les adjectifs génériques comme « vert » sont généralement vagues, et le vague se corrige : placez dessous l’allégation précise et justifiée, et la phrase survit. Les termes rares sont des affirmations factuelles précises sur le carbone ou les émissions, et une grande part d’entre elles reposent sur la compensation — que l’annexe I de la directive sur les pratiques commerciales déloyales interdit désormais explicitement. Une allégation de neutralité fondée sur la compensation ne se rattrape pas en la justifiant. Elle doit disparaître.
Niveau 1 — les allégations qu’on ne corrige pas, qu’on supprime
Commencez ici, quoi qu’il arrive par ailleurs. Ces termes sont assez rares pour que la plupart des sites n’en portent qu’une poignée, et ils concentrent la probabilité la plus forte d’être interdits plutôt que simplement non prouvés. Le pourcentage indique la fréquence à laquelle le terme a été classé rouge sur les sites où nous l’avons trouvé :
- Neutre pour le climat — rouge sur 92,9 % des sites qui l’emploient (13 sur 14). Présent sur 2,1 % de l’ensemble.
- Zéro émission — rouge sur 90,0 % (9 sur 10). Présent sur 1,5 %.
- Biodégradable — rouge sur 78,9 % (15 sur 19). Présent sur 2,8 %.
- Neutre en carbone — rouge sur 76,9 % (10 sur 13). Présent sur 1,9 %.
- Recyclable — rouge sur 71,9 % (23 sur 32). Présent sur 4,7 %.
- Respectueux de l’environnement — rouge sur 78,8 % (63 sur 80). Présent sur 11,8 % : le seul terme fréquent de ce niveau.
Aucun des deux n’est interdit en tant que mot. Les deux échouent lorsque l’allégation n’est pas qualifiée : recyclable là où aucune filière ne reprend réellement l’article ; biodégradable sans conditions ni délai. « Biodégradable » seul ne dit rien : biodégradable en compostage industriel sous douze semaines est une allégation ; biodégradable un jour, quelque part, n’en est pas une.
Niveau 2 — les mots à fort volume qui méritent un après-midi
Ce sont les termes que la plupart des sites répètent des dizaines de fois. Pris isolément, chacun est moins risqué ; ensemble, ils concentrent l’essentiel de l’exposition, par simple effet de volume. Ce sont aussi les moins coûteux à corriger, car dans la plupart des cas la phrase survit avec une précision justificative ajoutée.
- Vert — sur 62,2 % des sites, rouge sur 34,3 % d’entre eux. Le plus fréquent et le plus indulgent.
- Durable — sur 44,3 %, rouge sur 63,1 %. Nettement plus risqué que « vert », malgré son sérieux apparent.
- Éco — sur 41,9 %, rouge sur 63,5 %. Presque toujours un problème de préfixe : éco-gamme, éco-emballage, éco-choix.
- Durabilité — sur 30,7 %, rouge sur 55,5 %.
- Naturel — sur 29,0 %, rouge sur 42,6 %.
- Responsable — sur 15,6 %, rouge sur 49,1 %.
Un point mérite l’attention : « durable » est rouge près de deux fois plus souvent que « vert ». Les équipes traitent volontiers « durable » comme le mot sérieux et sûr. Dans les données, il ne l’est pas. Les chiffres complets par terme figurent dans notre référence des termes encadrés.
Niveau 3 — les allégations qui ne sont pas du texte
C’est le niveau que presque tout le monde oublie, et il n’est pas mince. Sur le même corpus, 57 % des sites portaient une allégation visuelle trompeuse et 26 % affichaient un logo d’allure certifiante ne correspondant à aucun schéma réel. Une feuille sur le packshot, un macaron vert conçu en interne portant « choix écologique », une icône de globe à côté du nom du produit : au regard d’EmpCo, ce sont des allégations, et un label de durabilité auto-décerné sans certification par un tiers est expressément visé à l’annexe I.
Fouillez votre médiathèque, pas seulement vos textes. On y trouve le plus souvent un macaron dessiné par une agence en 2019 et présent aujourd’hui sur quatre cents visuels produit.
À quoi ressemble vraiment une correction
Trois exemples travaillés. Notez que la correction ne consiste jamais à adoucir le langage, mais à placer un fait précis et vérifiable là où l’allégation est lue.
- Avant : « Notre livraison neutre en carbone. » → Après : supprimer. Si la neutralité repose sur des compensations achetées, aucune formulation ne la sauve. Si vous financez des réductions d’émissions, dites ce que vous financez, sans revendiquer la neutralité.
- Avant : « Fabriqué à partir de matériaux durables. » → Après : « Fabriqué avec 78 % de polyester recyclé (certifié GRS, certificat n° 12345). » L’allégation est devenue un chiffre vérifiable.
- Avant : « Emballage écologique. » → Après : « Emballage en carton 100 % recyclé, accepté dans la collecte papier en FR, BE et LU. » Précis, borné géographiquement, vérifiable.
Lisez l’allégation en client sceptique et demandez : qu’affirme-t-on exactement, et où puis-je le vérifier sur cette page ? Si vous ne pouvez pas répondre aux deux d’un seul souffle, un contrôleur ne le pourra pas davantage.
Un ordre de travail sur quatre semaines
- Semaine 1 — repérer, pas corriger. Inventoriez chaque allégation environnementale : fiches produit, textes de catégorie, page d’accueil, pied de page, modèles d’e-mails. On ne peut pas trier ce qui n’est pas listé.
- Semaine 2 — retirer le niveau 1. Toute allégation de neutralité fondée sur la compensation, toute mention non qualifiée de recyclabilité ou de biodégradabilité. Ce sont des suppressions et des réécritures, pas des arbitrages.
- Semaine 3 — étayer le niveau 2. Commencez par les pages à plus fort trafic. Attachez à chaque allégation le chiffre, le certificat ou le périmètre — sur la même page.
- Semaine 4 — visuels et preuves. Auditez la médiathèque pour les macarons maison et les motifs trompeurs, puis classez la justification de chaque allégation subsistante là où vous saurez la retrouver vite.
Ce qui change le 28 septembre
Moins qu’on ne le croit, et plus qu’on ne le souhaiterait. L’application commence ce jour-là, elle ne s’achève pas : la DGCCRF peut agir à partir de cette date, et les concurrents disposent par ailleurs de l’action en concurrence déloyale. Les sanctions atteignent 4 % du chiffre d’affaires annuel dans l’État membre concerné.
Le déplacement pratique : la question cesse d’être « notre texte est-il propre ? » pour devenir « pouvons-nous prouver ce que nous avons vérifié, et quand ? ». Les sites changent chaque semaine et chaque nouvelle fiche produit est une nouvelle allégation. Une trace datée de ce qui a été contrôlé vaut davantage après l’échéance qu’avant.
Tous les pourcentages proviennent du corpus d’analyses d’EcoClaim — 680 sites européens, instantané daté du 22 août 2026. C’est un échantillon auto-sélectionné : des sites passés par notre vérificateur public, et non un tirage aléatoire du commerce européen. La tendance est fiable, le niveau absolu est indicatif.
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À un mois de l’échéance, qu’est-ce qui rapporte le plus ?
Retirer les allégations de neutralité fondées sur la compensation : « neutre pour le climat », « neutre en carbone », « zéro émission ». Elles sont classées rouges sur 77 à 93 % des sites où nous les trouvons et, contrairement aux adjectifs vagues, aucune preuve ne les sauve : l’annexe I interdit explicitement les allégations environnementales reposant sur la compensation. Tout le reste s’améliore progressivement ; celles-ci doivent être supprimées.
« Durable » est-il plus sûr que « vert » ?
Non, c’est l’inverse dans nos données. « Vert » apparaît sur 62,2 % des sites analysés et y est grave dans 34,3 % des cas. « Durable » apparaît sur 44,3 % et y est grave dans 63,1 % des cas. Les deux sont des allégations environnementales génériques au sens d’EmpCo ; « durable » est simplement plus souvent accolé à des affirmations portant sur un produit ou une entreprise entiers, ce que l’annexe I vise précisément.
Ces règles s’appliquent-elles aux sites B2B ?
EmpCo modifie le droit de la consommation et vise donc la communication vers les consommateurs. En pratique, la frontière est plus mince qu’il n’y paraît : la plupart des sites B2B comportent des pages qu’un consommateur peut lire, et l’action en concurrence déloyale permet à un concurrent d’agir contre une allégation trompeuse quel que soit le public. Présumer une exemption B2B fait partie des hypothèses les plus coûteuses dans ce domaine.
Que se passe-t-il si nous ne sommes pas prêts le 27 septembre ?
Il n’y a pas de période transitoire, mais pas non plus de sanction automatique le premier jour. L’application repose surtout sur les signalements et sur l’initiative des concurrents. Être manifestement en cours de mise en conformité — avec une trace datée de ce qui a été vérifié et corrigé — vaut nettement mieux qu’être conforme sur le papier ou n’avoir rien fait.
Les images comptent-elles vraiment comme des allégations ?
Oui. Un label de durabilité auto-décerné sans certification derrière lui est nommé à l’annexe I, et un contexte visuel trompeur est traité comme un texte trompeur. Dans notre corpus, 57 % des sites portaient une allégation visuelle trompeuse et 26 % affichaient un logo d’allure certifiante sans schéma réel : les visuels sont la catégorie la plus souvent oubliée.
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